May 28
Effet boomerang chez Monsanto
L'article ci-dessous est signé par Sylvie Simon, une journaliste scientifique de renom.
Elle
à écrit entre autres en 2003, avec Jacquelin Bousquet ( Docteur
es-science au CNRS ) un livre au titre évocateur : " Le réveil de la
conscience " ( la conscience des scientifiques ).
Effet boomerang chez Monsanto
« En permettant l’homme, la nature a commis beaucoup plus qu’une erreur de calcul ; un attentat contre elle-même. » Emil Cioran, Philosophe et écrivain roumain
Aux
États-Unis, cinq mille hectares de culture de soja transgénique ont du
être abandonnés par les agriculteurs et cinquante mille autres sont
gravement menacés. Cette panique est due à une « mauvaise » herbe qui a
décidé de s’opposer au géant Monsanto, connu pour être le plus grand
prédateur de la Terre. Insolente, cette plante mutante prolifère et
défie le Roundup, l’herbicide total à base de glyphosphate, auquel
nulle « mauvaise herbe ne résiste ».
Quand la nature reprend le dessus.
C’est
en 2004, qu’un agriculteur de Macon, en Géorgie, ville située à environ
130 kilomètres d’Atlanta, remarqua que certaines pousses d’amarantes
résistaient au Roundup dont il arrosait ses cultures de soja.
Les
champs victimes de cette envahissante mauvaise herbe ont été ensemencés
avec des graines Roundup Ready, qui comportent une semence ayant reçu
un gène de résistance au Roundup auquel nulle « mauvaise herbe ne
résiste ».
Depuis
cette époque, la situation s’est aggravée et le phénomène s'est étendu
à d'autres états, Caroline du Sud, et du Nord, Arkansas, Tennessee et
Missouri. Selon un groupe de scientifiques du Centre for Ecology and
Hydrology, organisation britannique située à Winfrith, dans le Dorset,
il y aurait eu un transfert de gènes entre la plante OGM et certaines
herbes indésirables, comme l’amarante. Ce constat contredit les
affirmations péremptoires et optimistes des défenseurs des OGM qui
prétendaient et persistent à affirmer qu'une hybridation entre une
plante génétiquement modifiée et une plante non-modifiée est tout
simplement « impossible ».
Pour
le généticien britannique Brian Johnson, spécialisé dans les problèmes
liés à l’agriculture : « Il suffit d’un seul croisement réussi sur
plusieurs millions de possibilités. Dès qu’elle est créée, la nouvelle
plante possède un avantage sélectif énorme, et elle se multiplie
rapidement. L’herbicide puissant utilisé ici, à base de glyphosphate et
d’ammonium, a exercé sur les plantes une pression énorme qui a encore
accru la vitesse d’adaptation. » Ainsi, un gène de résistance aux
herbicides a, semble-t-il, donné naissance à une plante hybride issue
d’un saut entre la graine qu’il est censé protéger et l’amarante,
devenue impossible à éliminer.
La
seule solution est d’arracher les mauvaises herbes à la main, comme on
le faisait autrefois, mais ce n’est pas toujours possible étant donné
l’étendue des cultures. En outre, ces herbes, profondément enracinées
sont très difficiles à arracher et 5 000 hectares ont été tout
simplement abandonnés.
Nombre
de cultivateurs envisagent de renoncer aux OGM et de revenir à une
agriculture traditionnelle, d’autant que les plants OGM coûtent de plus
en plus cher et la rentabilité est primordiale pour ce genre
d’agriculture. Ainsi Alan Rowland, producteur et marchand de semences
de soja à Dudley, dans le Missouri, affirme que plus personne ne lui
demande de graines Monsanto de type Roundup Ready alors que ces
derniers temps, ce secteur représentait 80 % de son commerce.
Aujourd’hui, les graines OGM ont disparu de son catalogue et la demande
de graines traditionnelles augmente sans cesse.
Déjà, le 25 juillet 2005, The Guardian publiait un article de Paul Brown qui révélait que des gènes modifiés de céréales avaient transité vers
des plantes sauvages, créant ainsi une « supergraine » résistante aux
herbicides, croisement « inconcevable » par les scientifiques du
ministère de l’environnement. Depuis 2008, les media agricoles
américains rapportent de plus en plus de cas de résistance et le
gouvernement des États-Unis a pratiqué d’importantes coupes budgétaires
qui ont contraint le Ministère de l’Agriculture à réduire, puis arrêter
certaines de ses activités.
Plante diabolique ou plante sacrée
Il
est amusant de constater que cette plante, « diabolique » aux yeux de
l’agriculture génétique, est une plante sacrée pour les Incas. Elle
fait partie des aliments les plus anciens du monde. Chaque plante
produit en moyenne 12 000 graines par an, et les feuilles, plus riches
en protéines que le soja, contiennent des vitamines A et C et des sels
minéraux.
Ainsi
ce boomerang, renvoyé par la nature sur Monsanto, non seulement
neutralise ce prédateur, mais installe dans des lieux une plante qui
pourra nourrir l’humanité en cas de famine. Elle supporte la plupart
des climats, aussi bien les régions sèches que les zones de mousson et
les hautes terres tropicales et n’a de problèmes ni avec les insectes
ni avec les maladies, donc n’aura jamais besoin de produits chimiques.
Ainsi,
« la marante » affronte le très puissant Monsanto, comme David s’opposa
à Goliath. Et tout le monde sait comment se termina le combat, pourtant
bien inégal ! Si ces phénomènes se reproduisent en quantité suffisante,
ce qui semble programmé, Monsanto n’aura bientôt plus qu’à mettre la
clé sous la porte. À part ses salariés, qui plaindra vraiment cette
entreprise funèbre ?